"Être trompé de quelqu’un c’est payer le tribut que l’on doit à l’humanité. Le sage peut être trompé la première fois ; la seconde on trompe l’imprudent. C’est ce qu’exprime fort naïvement à mon gré ce proverbe turc : « Si tu me trompes une première fois, tant pis pour toi, si tu me trompes une seconde fois, tant pis pour moi ». La honte de la première tromperie est toute pour celui qui la fait ; celui qui la souffre ne partage que la seconde. Mais se défier de tout le monde, c’est donner mauvaise opinion de son cœur. Car ou l’on juge des autres par soi-même, et en ce cas quelle idée ne donne-t-on pas de soi ? Ou l’on se croit seul homme de bien, et en ce cas quel orgueil et quelle injustice ?" Attestation d’Oriane (Bic rouge) : quel merveilleux petit livre, quelle écriture et quelle finesse d’observation ! Si j’écrivais, c’est ainsi que j’aimerais écrire, il y a dans la phrase une symétrie, un équilibre, une perfection qui me découragent. Si Le Général avait pu produire des proclamations de cette sorte, je pense qu’il aurait eu autant d’amis — et peut-être davantage — que d’ennemis ; mais hélas, ses textes décourageaient les meilleures volontés. Pourtant je suis persuadée que le peuple est sensible à la rhétorique.
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